CATEGORIE

C’est compliqué de travailler la terre ?

Christèle Ofunambuleries #1
22 Avril 1018
C’est comme tout, de l’exercice, du temps, des échecs, des heures encore, y revenir, s’y remettre…. Je vais surtout passer un bref moment à expliquer le travail au tour histoire de ne pas vous faire perdre la tête. Avant d’être capable de faire une pièce digne de ce nom sur ce qui fût un temps un objet de torture, d’y venir sans appréhension les mésaventures, les pertes de temps et de calme sont fréquentes. Voilà bien un appareil qui semble facile à gérer quand on voit les céramistes être de véritables virtuoses. J’imagine aisément une funambule sur son fil… Combien de chutes a-t-elle subi avant de passer le câble tendu sous ses pieds ?

“Deux mains qui se joignent. C’est comme le baiser d’un ange. Comme le vertige du funambule en équilibre sur un fil.”

GUILLAUME MUSSO
Le travail de la terre demande de nombreuses manipulations, le savoir-faire s’acquiert avec le temps, mettre encore et encore les mains sur cette matière meuble pour la transformer est un travail parfois blessant, l’envie de passer à autre chose survient alors. Avant de passer d’un bloc d’argile à une tasse, les étapes sont nombreuses, les mains et l’esprit s’allient sur le tour, girelle lancée à vive allure, vous voilà sur le manège à chercher le centrage. Rien ne se fait tant que la motte d’argile n’a pas trouvé son centre, tant que les mains, les bras, le corps, n’ont pas donné l’ordre avec douceur et fermeté à la matière de rester dans l’axe.

Et une fois la pièce centrée ?

Il faut ensuite lui trouver une forme, ouvrir la pièce, monter de solides murs, comme pour une demeure, affiner les contours, arrondir par ici, refermer par-là, imaginer le thé fumant, un expresso comme à Naples, un chocolat crémeux et revenir à l’ouvrage…. L’esprit vagabond engendre des dérapages….

Il se passe quoi quand ça ne convient pas ?

Quand les pièces ne sont pas souriantes, quand le bol n’a pas l’arrondi souhaité, que les parois inégales s’effondrent, que le fond a la finesse d’un parchemin il est primordial de laisser l’objet de côté. Les pièces des maladresses s’amoncellent alors, sèchent en attendant de retrouver l’autre matière nécessaire à la céramique : l’eau. Il faut laisser les morceaux s’imbiber, s’en saouler… puis mixer ensemble ce couple à nouveau réuni.
Afin de ne garder que le plus fin, le mélange passera au tamis pour ensuite étaler la soyeuse mixtion sur une plaque de plâtre afin que l’excés d’eau soit absorbé par ce buvard crayeux…. Les muscles sont ensuite mis à rude épreuve, il faut alors récupérer la terre encore molle, mais pas trop, pour la malaxer, lui donner la forme d’un bloc, battre, pétrir, encore, retourner, battre encore… Une solution au flagada du bras si vous voulez mon avis. Une nouvelle motte de terre ainsi recyclée pourra revenir sur le tour, ou passer au rouleau, se transformer enfin en cette tasse imaginée, en minuscule fleur ou en pendule …

En Pendule ?

Oui mais là je m’avance, un projet qui prend forme après quelques ratages, quelques essais infructueux, où les noms d’oiseaux s’échappaient de l’atelier à grands moments de désespoirs et de promesses.

Avant qu’un objet ne voit le jour, cela demande de très nombreuses étapes, je reviendrai lors d’un autre article sur la suite du travail, car une fois la pièce en forme, le façonnage n’en est qu’au début de la conception.

« Toujours faire dans la dentelle, sur terre ou sur chair ! »

Photo by C*O.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *