Changer tout… Ou presque !

Changer tout… Ou presque !

 

 Qu’est-ce que j’entends par là « changer tout » ?

 

En tête à tête avec moi-même. Deux et demi jours à tuer pensais-je ….

A tuer le temps, dans l’oeuf, au travail.. Que sais-je encore 

Deux jours et demi pour mettre en place les premiers changements, commencer par s’interroger, surtout sur soi, sur ce qui bloque, ce  qui attache, ce qui entrave

Deux jours et demi sans l’Autre, sans savoir, à imaginer le pire…Puis se raviser, à savoir que c’est la peur qui prend le dessus…

 

 

 

 

La liste des peurs s’allonge au fur et à mesure des échecs, des jours, des vides, des mensonges et des promesses invisibles… 

 

  • peur de l’abandon, d’être trahie, trompée
  • peur de ne pas réussir, de perdre, de la précarité
  • peur de ne pas mériter, ne pas être à la hauteur
  • peur des autres, de ne pas être acceptée, d’être méprisée
  • Vous en voulez d’autres ? Vous en avez d’autres 

 

 

 

La lecture du moment est là pour mettre en place ce qui manque cruellement et qui met du sel au moulin des doutes.

Je veux parler de la confiance, celle de moi à l’autre, de moi à moi. Parce que la confiance, en toute logique ne pourra se vivre envers l’autre que si elle est acquise pour soi.

Entravée de mille peurs, elle est loin de scintiller au sommet de mon crâne. 

L’exercice pour enfin croire que la confiance en soi n’est pas un ticket à gratter – un gagnant tous les 1800 tickets- est loin d’être simple.

Les tourbillons, le vertige n’ont pas fini de s’incruster dans les jours à venir, mais pour enfin vivre la vie rêvée, attendue le changement est devenu une nécessité.

 

Intégrer ce changement demande d’y passer du temps, d’y croire, de s’y attacher encore, de perdre le fil parfois puis le retrouver. 

S’accepter avec ses fragilités, ses défauts, ses attentes et ses limites à dépasser petit à petit

Laisser les doutes passer, faire place nette, être bienveillant envers soi-même, accepter ses peurs, anticiper….Et célébrer chaque succés

Fêter chaque victoire sur ce qu’on pensait ne pas être pour soi

Déstabilisée parfois, 

A fleur de peau souvent,

Pour soi toujours

Et comme tout changement, c’est par le physique que l’intervention débutera… 
RV est pris au salon de coiffure… 
Affaire à suivre

« Nous serions métamorphosés si on osait quelques efforts »

« Serais-je assez à la hauteur……savoir si on le mérite ou pas, s’il y a envoi, moi je reçois »

Un petit air que j’aime absolument d’une chanteuse merveilleusement poétique et sensible que j’ai pu rencontrer un jour d’anniversaire seule, à deux pas de la scène : 

A écouter absolument là  : Buridane, Vice et Vertu

Quand la sensibilité est hors des cases

Quand la sensibilité est hors des cases

 

Des ailes pour échapper au monde 

Il y a quelques années j’ai ouvert un blog, c’était à un tournant de vie où le monde s’écroulait, où je ne savais plus comment mettre un pied devant l’autre, comment traverser la rue, pourquoi trouver une raison de le faire.

La sensation d’inutilité battait son plein, ne faisant pas de place à la légèreté, l‘avenir, la joie, l’espoir.
Sur les Ailes de la Sardine (tel était le nom de ce blog toujours ouvert mais plus du tout actif, ayant oublié (in)volontairement ? identifiants et mot de passe)

 

Un autre blog suivra plus tard, à une période où les émotions reprenaient leurs droits … Trop mal, peut-être trop précipitamment, persuadée par quelques manipulations enthousiasmes que finalement je valais bien un petit quelque chose … Chute supplémentaire

Le vide n’était pas là de laisser place à l’espoir, il aura fallu attendre que la chute termine sa course folle, m’entraine plus bas encore…

Qui n’a pas cru en de belles promesses, se doutant bien qu’une pointe de futilités et de visibles mirages se dissimulaient à peine sous des offrandes bien vite oubliées ? Avancer le pied vers une fausse lumière a au moins eu pour résultat de mettre un zeste de dorure sur mon estime.
Pour le reste, c’était à moi de poser une réelle lumière dans ma vie.

 

L’hypersensibilité est, à première vue, un sérieux handicap quand on ne sait pas par quel bout la prendre.
Avec elle, vous passez bien vite pour une capricieuse « petite princesse », emmerdeur, jamais satisfait, vous êtes forcément susceptible aux yeux de certains, votre larme « trop facile » énerve, (« tu ne vas pas encore chialer hein ? » Douloureuse phrase qui finira par construire une armure dans laquelle vous cacherez sanglots, émotions, mots,douleurs)

Presque tout prend une ampleur pharaonique, le cerveau se met en ébullition, les nuits ne sont pas de tout repos, le monde s’écroule.
Un regard dédaigneux, une phrase « anodine », une feuille qui dépasse, les cliquetis, le bord « tranchant » d’une étiquette de pull, la lumière aveuglante d’un spot, tout peut prendre une ampleur exceptionnelle.

Il n’y a pas si longtemps, alors que la fatigue s’en prenait à mon corps tout entier, un bruit alentour qui dura ce qui me semblait être des heures alors que j’avais décidé de me reposer avant d’aller à l’atelier, me mit dans un état de nervosité tel qu’une crise de nerfs m’envahit.
L’accumulation de divers soucis refirent surface, deux très mauvaises nuits, une journée sur la route la veille … Tout alla vite : respiration  saccadée, souffle coupé, larmes en violentes secousses.

S. eu la vive présence d’esprit de nous emmener faire un tour, aller marcher, pas loin, juste sortir de ce qui me semblait surhumain.

La pression s’envola presqu’aussi vite qu’elle était arrivée, la promenade nous laissant côte à côte, admiratifs du printemps tout proche

 

La sensibilité c’est aussi ça : ce qui n’est que moments ennuyeux prend parfois une tournure extrême, sans pour autant que nous en soyons atteints d’une pathologie psychiatrique.

La vie donne ses cartes en main, nous en faisons tout ce que nous pouvons, mais loin d’être frêles, les hypersensibles savent bien souvent les utiliser pour construire des châteaux de cartes singuliers

Tout comme les soucis petits ou grands peuvent laisser leurs empreintes, les bons moments, les surprises positives, les rencontres fortuites, déclenchées, éphémères deviennent sensationnels, ébouriffants, éblouhissants….

 

Comment j’aborde cettte sensibilité :

Elle m’épuise parfois, me laisse sur le sol. Mon corps semble peser une tonne, alors que les articulations se volatilisent, deviennent guimauve. Quant au moral, c’est un tsunamie, le temps s’arrête, le sourire disparait, les idées prennent des teintes sombres.
Puis, un mot parfois suffit, une image, une teinte plus mordorée suffisent à redonner du pep’s .

Vasciller entre plusieurs émotions sur une journée, pour aborder la vie qui s’écoule comme une belle rivière, allant jusqu’à me bercer dans le courant, contrant parfois ce qui ne me concerne pas. Force exceptionnelle, pointe d’humour, soupçon de frivolité. Rien que ça, et pas seulement

Avec le temps, et après avoir « bossé » sur le sujet, j’ai appris à aborder ce qui n’est absolument pas un inconvéniant.
je l’accepte, c’est avec elle que ma créativité donne tout ce qui est en moi, je canalise du mieux que je peux les sentiments, les explosions d’émotions, les appréciations parfois-souvent- ferventes et/ou acérées.

 

Depuis quelques temps, je laisse la méditation s’emparer des trop-pleins

Avec cette technique, j’ai réussi à raisonner, à poser les nécessités, à visualiser autrement ma façon d’aborder les heures et les autres.
Mais jamais, au grand jamais je n’échangerai cette sensibilité contre une vie stable, 10 paquets de lessive, un 4X4, un diamand gros comme l’ongle mon pouce gauche.
Elle est ce que je suis, ce que je deviens, ce que vous connaissez de moi

Qu’à celà ne tienne, que ça plaise ou non, nos actions et réactions nous rendent différents…
Et c’est ce qui me plait !

Et si on dansait !

Et si on dansait !

 

Mon cadeau rien que pour vous

Plus que quelques jours avant de souhaiter vos belles intentions pour l’année nouvelle. Quelques jours nous séparent de ces mots parfois usés que nous allons jeter en pâture aux joues des connaissances éphémères ou impérissables rencontrées à une soirée, à un repas, au coin de la rue.

 

Chaque mot sera plus ou moins choisi, il arrivera même que leur sonorité tinte faux, que les intentions soient injustes.

Et parfois, les vœux auront une saveur de sincérité timide …. Mais tellement prometteuse.

Pourtant nous savons tous que cette habitude étrange n’a ni queue ni tête si ce n’est le premier et le dernier jour de l’année.
Les dernières semaines furent lourdes, préoccupantes, épuisantes, douloureuses, emplies de doutes pour un grand nombre de « survivants »  Moi y compris !
Le monde part en vrille, quelques humains ne semblent pas avoir pris conscience de la beauté de ce lieu où nous sommes posés, de façon limitée, et exercent un pouvoir, une atrocité, une violence qui y laisseront des traces pour l’éternité.

 

Il suffit pourtant de peu de neurones, d’un minimum de prise de conscience pour se rendre compte que pour vivre au mieux dans ce monde, il y a si peu à faire.

Et se retrousser les manches avant

qu’il ne soit trop tard !

Je laisse de côté la liste de ce qui fait monter les larmes, la colère, la tristesse

 

Pour les jours à venir, je vous offre de tout cœur une ribambelle de gourmande bienveillance, des berlingots de tendresses, des hottes entières de délicatesses, une dolce-vita harmonieuse et des danses tourbillonnantes pour transporter vos corps, vos âmes et vos yeux vers une folie passagère et mélodieuse.

Angles, points de vue, déroutes et résistances

Angles, points de vue, déroutes et résistances

 

Colère artisanale

Voilà quelques jours, j’ai lu un article sur un réseau social, une artiste, avec convictions, douleurs, colères et réalités, y fait état de la condition des artistes-artisans, de la non-reconnaissance de ce statut de la part de certains, voire même du doute de l’entourage quant à la crédibilité de notre rang, des implications, du travail fourni, des inconvéniants, du manque d’argent, de la retraite improbable, des différentes tâches que nous accomplissons seuls, des marchés de créateurs pas toujours lucratifs, du fil du rasoir, et bien d’autres constats qu’elle n’est pas seule à ressentir.

Sans être aussi acérée, j’avoue parfois, souvent, ressentir certaines de ces irritabilités. La reconnaissance lorsque nous décidons de voler de nos propres ailes n’est pas toujours vue avec compasion, amour et estime. Alors évoquer les côtés sombres de notre profession à qui mieux mieux…ou mal mal, c’est comme demander à la reine dans Cendrillon d’aller vider les poubelles.

 

Travailler à la maison, choix et intensité

Le choix de créer mon propre travail était en sourdine depuis toujours en moi, j’ai l’obligation du fond de mes tripes jusqu’à la pulpe de mes doigts de créer, d’inventer, de jouer avec les matières, de donner à ma vie une destination où les sens sont animés.
Sans étaler ici mon CV-parcours de vie, il m’a semblé nécessaire d’exprimer mon resssenti vis-à-vis de mon métier.

 Et j’ai choisi de le faire ici, sur ce blog qui est aussi ma part d’échappatoires, mon intime conviction que si les maux ne peuvent être dits, ils peuvent s’extirper d’une autre façon.

Les Funambuleries Terrestres sont nées après une montagne d’hésitatoins, d’ennuis et de manque de confiance, j’ai perdu beaucoup de temps, trop, le projet est encore trop balbutiant au grand désespoir de mon compte en banque et de mon estime envers moi-même bien souvent sur le fil du rasoir.

Le travail est intense. Parce que oui, c’est un travail, un vrai, avec des cotisations, de la paperasse, la publicité, les recherches de lieux où exposer, les cartes de visite, trouver les meilleurs fournisseurs, si possible locaux, au mieux du territoire en ce qui me concerne, le site à gérer, les photos tout est fait par les créateurs-artisans eux-même en plus des créations.

 

Des pièces uniques, un vrai travail

Pour la majorité d’entre-nous, le travail que nous proposons aux curieux, aux acheteurs, aux chercheurs d’authenticité est fait chez nous, parfois en atelier partagé, dans des locaux souvent exigus, pas toujours (bien) chauffés, sans collègue avec qui papoter sur le week-end passé, des nouveautés sorties au cinéma, de la poussée dentaire du p’tit dernier, du « t’as mangé quoi toi hier soir ? »
Travailler chez soi implique de le faire bien souvent seul-e, de passer l’heure du repas, ou d’y penser à 14h, d’accumuler les douleurs du corps, morales, de chercher une oreille secourable au moment où la maison commence à s’animer. Radoter, ronchonner, parloter seule dans mon coin me surprend parfois, un thé et les ablutions mentales sans s’échapper totalement se dispercent sous le flot des gorgées de roïboss ou d’un thé vert délicatement épicé.

Travailler chez soi a des avantages dont celui qui permet de sortir prendre un café en ville, un bouquin à la main, mon quart d’heure presque quotidien, ma « machine à café de fin de matinée, avant de retourner oeuvrer ; sortir histoire de voir les gens bouger, de voir le ciel, de prendre le pain !

Il permet de faire de bien belles rencontres, de bosser certes parfois à 5h du matin, les week-end, mais de s’autoriser une sortie ciné ou marche vers 15h, deux heures par semaine au moins. Indispensables dérobades pour ne pas sombrer, ne pas aliéner mon corps courbaturé de ces postures loin d’être indispensables aux articulations.

 

Les mots d’une artisanale

Comme l’écrit Véronique dans son article paru ici ( https://www.facebook.com/notes/profession-artisan-cr%C3%A9ateur/amis-promeneurs/339452530123493/) , ce qui est proposé l’est suite à de très longues heures de travail, fait par nous-mêmes…. Je vous laisse lire ce qu’elle y décrit… Réalité, parfois brutale. Peut-être fallait-il passer par là pour ouvrir les yeux, les oreilles et les cœurs.

Alors oui c’est un choix que nous avons fait de travailler pour et par nous-même, après y avoir réfléchi longtemps, à peser le pour et les contres, à tenter d‘essuyer les mots amicaux, envieux qui pensent que « non, on ne peut pas en vivre » … Et  pour l’heure ils ont raison, nous y avons songé avant de nous y jeter à corps parfois intensément perdu, après de longs mois d’hésitation, entre autres restrictions.

J’ai fait le choix de laisser mes mains et mon âme s’exprimer, vous proposer tout ce qu’ils contiennent, de mettre à nue mes entrailles faites de porcelaine, de couleurs douces, de bouts de fils de fer, de coton crocheté, de petites perles assemblées et de mots parfois maladroits.

La situation est loin d’être florissante malgré les mille petites fleurs que j’orne d’or, les Funambuleries sont trop invibles, le moral et la confiance en font les frais.

 

Devrais-je pour autant moins exprimer ce qui est en moi ?

Après des semaines dans le vide, la constatation que l’entourage peut être aussi néfaste que salavateur, des heures d’un travail acharné à chercher des solutions, sans vraiment en trouver une viable, raisonnable, à penser vouloir mettre tout jeter au compost des choses perdues, des projets improbables et des questionnements, une autre lecture, puis une vidéo … Et enfin un appel téléphonique, un élan supplémentaire à ce qui semblait stagner a permis que se propage l’espérance du miieux.

L’appel tout d’abord, de la chambre des métiers Drôme-Ardèche, organisme particulièrement efficace, particulièrement réactive, la responsable des formations m’ayant proposé deux stages, qui seront de bons outis pour le site, pour le référencement, pour la boutique en ligne actuellement en création. J’ai sauté sur l’occasion après … 3 bonnes secondes à réfléchir.

8 journées de maux de tête, d’apprentissages, d’autres lieux que chez soi, de réponses, de questions et d’avancées considérables.

Quoi d’autre : Une vidéo suite à l’enregistrement sur la newsletter de http://happylogie.com/

Après l’avoir écouté sans avoir encore eu le temps de faire tous les exercices proposés, Jennifer m’a donné un coup de pouce, celui qu’il fallait pour repenser ce projet qui n’a pas encore la place voulue.

Et enfin, Il y a des lectures et mots de celles et ceux qui créent, qui travaillent chez eux, qui sont perdu-e-s, qui n’ont plus le courage, plus l’argent, plus l’écoute, plus la niaque. Et puis celles et ceux (absolument les mêmes) qui ne peuvent faire : sans créer, sans toucher, sans offrir, sans assembler, sans ressentir, sans nouer, sans imaginer, sans engendrer, sans élaborer….

 

Je suis de ceux-celles-là !

J’ai au bout des doigts comme tous les artisans-créateurs des éléments a qui il me faut donner vie, en faire des exceptions, des objets uniques, absolument indispensables, impensable de s’en passer, trop futiles pour ne pas être utiles, confortablement inconvenables en cette période de crise identitaire, politique et économique.

Rien de tel que de posséder une création faite par un artiste pour se sentir unique, joyeux possesseur d’un objet qu’aucun autre ne possède, se démarquer, sans être au milieu de l’océan, seul au monde. Différent mais entouré, ne pas courrir sur les traces du commun, chercher des sentiers où les cailloux et l’herbes sont différents chaque matin, quitte, à y emmener les êtres qui nous sont chers. Oh oui, emmenez-les avec vous !

 

Rien de tel pour penser la vie autrement, se choyer et l’être !

 

Les Funambuleries Terrestres ont d’autres créations en préparation, la funambule que je suis reste inspirée par le vent, la pluie, les autres, les fleurs, l’océan et les évènements, et retourne immédiatement dans son atelier.

« Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s’est engagé dans une aventure quelque effrayante, qui est d’assumer soi-même, jusqu’au bout, les périls risqués de ses créatures. »

Jean Genêt Journal du voleur    

Encore des mots, toujours des mots

Encore des mots, toujours des mots

 

Les mots étaient bien là, prêts à jaillir, prêts à se faire entendre, attentifs à la première oreille qui voudrait bien les écouter sans jugement, en vérité, en sincérité. Leur quantité avait pris de l’ampleur.

Ils étaient si nombreux maintenant que la place commençait à manquer, certains avaient disparus, étouffés par les autres, perdus dans ce trop petit espace.

Mais rien ne se passait.

Aucun d’eux, émotion, sensibilité, douleurs, demandes, inquiétudes, espoirs, frissons, joies, frustrations, rires, éclats n’arrivaient à se faire entendre.

Et pour cause : Ils n’avaient aucune idée de la façon de faire.

Ils étaient pourtant là, en masse, aglutinés, amassés, en désordre bruyant, les uns contre les autres à attendre une sortie. Ils se bousculaient, se cherchaient, se perdaient, s’enlaçaient, se réconfortaient aussi.

Mais rien ne passait.

 

Le chaos commençait à donner des aigreurs, puis des spasmes, et enfin, un affaiblissement du corps tout entier.

Le ventre se tordait de douleur, les articulations se grippaient, le cou se rigidifiait, les vertèbres semblaient avoir été soudées entre elles pour ne former qu’une tige à peine souple, chêne éphémère plutôt que roseau. 

Des larmes ont réussi à s’extirper, elles ont trouvé le chemin sans trop de difficulté. Dommage que les lettres n’aient pas cette lucidité sâline, elles auraient pu s’accoler entre elles, former une chaîne, une farandole, une sucession de sentiments et d’espoirs. 

C’est alors qu’une mutinerie s’est mise en ordre. Contraints de prendre l’air, les mots entravés ont décidé de se faire entendre. Leur masse ayant pris trop d’ampleur, il était devenu obligatoire qu’ils soient répandus.

Ils ont donc passé une audition, c’est à celui qui décrocherait LE rôle, celui qui s’abandonnerait à l’expression, celui qui marmonerait, impressionnerait, balbutierait, peut-être même qui fascinerait.

 

Ils ont alors fait leurs ablutions, ont passé de la pommade sur leurs écorchures, gargarisé en sourdine, changé de tenue plus de mille fois, en évitant de s’admirer, leur reflet n’ayant aucun atrait à leurs yeux…. Ils se sont entrainés, ont répété leur texte, certains ont jeté l’éponge, quelques autres se sont évaporés, par manque de force, de crédibilité évidente pour eux-même. Il y a eu quelques disputes, des coups bas, ça se passe toujours comme ça quand un indispensable doit se hisser sur l’estrade.

 

 

Ces cacophonies et agitations à peine visibles n’ont pas été de tout repos, à peine perceptibles, elles ont laissé des écorchures au fond de la gorge, dans les poumons. Le plexus solaire en a perdu des rayons.

L’esprit a vascillé, la motivation, l’entrain, la joie, l’espoir, la douceur ont perdu de leur superbe.

L’estomac s’est mis en désordre, le regard s’est embrumé.

Pendant ce temps, les mots trépignaient, l’audition était pour bientôt….

 

Le temps de sortir de l’ombre allait enfin arriver. Qui serait sur l’estrade, qui aurait le privilège de se prévaloir de cette tâche, qui pourrait enfin permettre à tous les autres de se former en phrases audibles, en circonvolutions sans stygmate, en bavardages nécessaires, en compliments enfin offerts, en paroles fous-rires, en folles sentences, en syntaxes, en majuscules et minuscules ondulentes, en verbes solitaires et fusionnels, en adverbes assurément extraordinaires, en accords et désaccords.

 

« La plupart des gens ne font pas attention. Ils voient les mots comme des rocs, de grands objets impossibles à déplacer et sans vie, des nomades qui ne changent jamais »

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

Le moment approchait, les portes se sont ouvertes….

Les premiers à passer se sont tortillés de douleurs, malgrè la volonté de sortir, une ou deux syncopes ont été à déclarer, quelques-uns se sont évaporés au moment de sortir de l’ombre, la lumière bien trop forte ne leur ayant donné aucune chance. La tension fut à son comble, des larmes, des rires incongrus. Certains sont arrivés trop saouls et s’en sont retournés dans leur .tanière. Finalement, ils avaient de la place.

Après de longues heures où chacun pu se donner, la lumière s’est à nouveau éteinte, les lourdes portes se sont à nouveau fermées.

 

L’épreuve touchait à sa fin…. Le vainqueur allait être couronné….

Le lauréat allait enfin se ballader. Les autres pourraient enfin se balader, dégourdir leurs jambes fourmillantes.

Après un roulement de tambours et de trompettes résonnantes, elle est sortie du lot, oui c’est une féminitude qui l’emporta….

Elle s’installa sur le podium trop glissant d’avoir été lustré, illuminé de phares trop agressifs, elle a ouvert les yeux, posé une main juste au dessus de ses yeux ; se protéger, tenter de reconnaitre, de deviner la toute première personne qui l’écouterait. 

 

La peur était là…. Tremblante, elle ne savait pour où commencer.

 

 

 

Ces jours là, est-ce que je les aime moins que les autres ?

Ces jours là, est-ce que je les aime moins que les autres ?

Vous les connaissez ces jours où le ciel bien trop gris est à deux nuages de vous tomber sur la tête.

Nuit destabilisante, premières heures grises, matins lourds, bien trop lourds.
Comment sortir du lit dans cet état là !

Photo de Noell S. Oszvald, dans la série des autoportraits

Le corps cherche ses forces, les articulations se soudent.
Les attaches des rêves passés vous retiennent, enchevêtrement de la carcasse dans les draps froissés où l’empreinte des cauchemars se sont tatoués, peau de chagrin et de coton blanc.

Les muscles se fossilisent, les os pèsent lourd, le sang ne fait plus qu’un tour

Vous la percevez cette douleur, ce si court instant où déjà les heures à suivre vous plongent dans le grand bain.Liquide troublant.
Un goût de métal incrusté dans la bouche, les bras anéantis cherchent l’allégresse,

Et pourtant, vous voulez le ravissement, les festivités, la légèreté :  » Mais non, te laisse pas aller, la journée va bien se passer ! »

Et pourtant vous cherchez du regard, du bout des doigts une pointe de courtoisie, la quiétude, un soupçon de praline sous les dents, de miel sur la langue, des amuse-gueule à tout bout de champ, des chants aussi, des mots doux… les amours ne feraient donc que passer ? Coeurs démontés ?ous cherchez à animer rapidement le regard… « Ne pas s’enraciner dans cette pénibilité…. »

C’est bien plus fort que la volonté, c’est bien trop lourd pour les paupières, la dépouille toute entière

La morosité est là et n’a pas l’intention de se perdre en chemin !

Elle s’est frayée une infime percée entre les doutes et les échanges malheureux.
Elle a profité d’un chagrin, d’une amertume, d’une colère, d’un filament de mélancolie

Et s’est installée, parée de ses plus beaux atours, puissante, tenace, grouillante.
Elle est là, visible à l’oeil nu, palpable, incrustations saillantes sous la peau !

Vous tentez de la cacher sous un pelage doux et flamboyant, il va falloir affronter ce jour.
Après de trop longues minutes :
Vous pouvez enfin sortir des draps menaçants,
Les articulations craquent, les pieds tanguent péniblement, petits pas solitaires,
Les yeux entrebaillés, la bouche si sèche, écorce fendillée

Les guenilles des mauvais jours apparaissent, la fine pellicule dessine de fins sillons, se lézarde jusqu’à l’âme !
Sous les paupières c’est un volcan, la brûlure a gagné la surface entière,
Comme une escare qui se serait fichée sur la cornée, entamant le cristallin,

Dessiner un sourire est hors des forces, absolument pas à propos.
La journée sera vaste, interminable, vous vous sentez plus minable encore,

La nuit suivante arrivera bien.
Le ciel prend ses teintes de gris, puis de noir, légers scintillements d’astres éloignés, quelques filantes animent les soirs d’un été en déclin, les draps ont retrouvé une fraicheur salutaire,
S’écrouler avec raison et détresse, la disgrâce …Chercher la grâce