Quelques étapes de céramiste

Quelques étapes de céramiste

CATEGORIE

Et si je dévoilais ce qui sera sur le blog

Christèle Ofunambuleries #1

13 mars 1018

Atelier en plein travail

Photo by C*O.

Pour ouvrir la porte du blog, partie où je poserai selon sa catégorie, des articles parlant de ce qui me touche, de céramique mais pas seulement, je vais rapidement mettre quelques mots sur la matière principale de mes créations. Suivez-moi donc un instant sur le fil de la matière qui nous enracine et nous élève, à savoir la terre.

Nous y avons les pieds ancrés et y sautons à cœur joie, avançant tantôt joyeusement, tantôt avec lourdeur…. En équilibre sur le globe terrestre dont la surface est composée de 70 % d’eau ; et sous la surface de nombreuses matières, dont celles qui composent les argiles qui donneront naissance à mille et une créations, qu’elles soient artistiques, artisanales et même industrielles.

Je vous parle un peu des argiles et des étapes

La cuisson selon le type d’argile a son importance : en principe une pièce passe  au four par deux fois, une première pour passer de l’état de « cru » à celui de « biscuit » par une cuisson pouvant aller jusqu’à 960-980° (température plus élevée pour la porcelaine) afin que processus de vitrification s’amorce, puis une deuxième après émaillage, ou la température pourra monter jusqu’à 1280° (principalement pour la porcelaine) Une troisième cuisson aura lieu pour la décoration avec des peintures spécifiques, ou des matières précieuses telles que l’or ou l’argent, avec une cuisson n’excédant pas 800°.

Entre les mains et l’esprit du céramiste

L’artiste céramiste a devant lui de nombreuses possibilités pour façonner la terre. Entre le travail à la plaque, aux colombins, le tournage, tout est bon pour jouer avec la terre. Je pourrais vous parler du coulage dans les moules en plâtre afin de créer des objets  presqu’identiques tant qu’on parle d’artisanat, et non de travail industriel.

Il y a autres façons de travailler tentées par tout artiste curieux, ce qui donne souvent de belles fantaisies et qui permet au créateur d’exprimer ses bouillonnements novateurs et  son attachement aux matières.

Entre séchage et fissure, équilibres et ratés.

Photo by C*O.

La décoration a aussi son importance, d’autant qu’elle permet au céramiste d’être reconnu par son style, les techniques et couleurs utilisées. Voilà sans limite quelques procédés : engobe pour décorer la pièce à cru avec application à l’éponge, au pinceau, à la poire. Et bien d’autres encore telles que : grattage, empreintes, polissage, émail de couleur… Autant dire que la liste est longue et donne envie d’exploiter tout ce qui se présente pour rendre le travail unique

Encore un peu de lecture

Pour terminer, voilà un glossaire non exhaustif du monde de la poterie, promis, pas d’interro surprise à ma prochaine intervention mais si vous avez envie d’en savoir un peu plus, voilà de quoi attiser votre curiosité.

GLOSSAIRE DE LA CÉRAMIQUE (trouvé sur le site http://www.dargiles.org/)

Argile Roche issue de la décomposition de roches primitives. Broyée et combinée à l’eau, elle devient plastique et façonnable.

Barbotine Pâte céramique étendue d’eau. Cette terre liquide sert de « colle » au potier pour assembler les éléments d’une pièce, les anses, les plaques, etc. Liquéfiée par la présence de défloculants, elle sert aussi au coulage.

Céladon Email vert pâle, riche en fer, utilisé sur le grès et la porcelaine.

Chamotte Grains de composition céramique, cuits et concassés selon une granulation. On la mélange parfois à une pâte (à raison d’environ 15 à 25%) pour faciliter le séchage et le retrait. Céramique Terme général qui englobe tout produit à base d’argile, cuit et durci à des températures variant de 600 à 1350°C, tel que faïence, grès, porcelaine, tuiles, briques…

Colombins Boudins d’argile servant pour la fabrication de pièces céramiques par superposition. Couverte Email fusible à haute température (au-dessus de 1100°C) dans la composition duquel n’entre pas de fritte ou boracique.

Cuisson biscuit Souvent, mais faussement assimilée à la cuisson de dégourdi, la cuisson biscuit est la première cuisson d’une porcelaine non émaillée.

Cuisson de dégourdi Cuisson sans émail d’une pièce parfaitement sèche.

Email Revêtement vitreux coloré.

Emaillage au sel Emaillage effectué en jetant du sel dans le four pendant la cuisson.

Engobe Se dit d’une argile liquide colorée ou non par l’ajout d’oxydes métalliques et destinée à recouvrir ou décorer tout ou une partie d’une forme, le plus souvent à l’état cru.

Faïence Nom général de pâtes dont le tesson – blanc ou rouge – reste poreux après cuisson de l’émail – translucide ou opaque. La faïence est souvent colorée. Exemple : les faïences de Moustier, de Quimper ou de Rouen. Elle appartient à la catégorie des basses températures (aux alentours de 1000°C).

Glaçure Revêtement vitreux, transparent (faïences, grès et porcelaine) ou coloré (grès) pour recouvrir ou assurer l’imperméabilité de la pièce. Grès Terre cuite aux alentours de 1200°C et 1350°C et classé – comme la porcelaine – dans la catégorie des hautes températures et des pâtes vitrifiées. Qu’il s’agisse d’un vernis obtenu par l’adjonction de sel à la cuisson ou de savants émaux, les matières propres au grès évoquent parfois la pierre précieuse et la richesse des minéraux (grès du Japon, grès d’Alsace, de la Borne ou de Puisaye).

Kaolin Argile pure, qui cuit blanc. Composé essentiel de la porcelaine. Le kaolin est un silicate d’alumine hydraté.

Lustre Sels métalliques en suspension. Peints sur une terre ou un émail et cuits à basse température, ils donnent des décors lustrés ou irisés.

Nériage Technique selon laquelle on crée des pièces céramiques à partir de bandes ou de morceaux de terre de couleurs différentes.

Oxydes Les principaux oxydes métalliques utilisés en céramique pour leurs propriétés colorantes sont le fer, le cuivre, le cobalt, le manganèse, le nickel, le chrome. Plasticité Propriété de l’argile qui lui permet d’être modelée et de conserver la forme qu’on lui a donnée. Les particules en forme de lamelles sont comme lubrifiées par l’eau qui les sépare et peuvent donc glisser les unes sur les autres.

Porcelaine Nom donnée aux pâtes vitrifiées cuisant au-dessus de 1250°C dont la partie argileuse est essentiellement composée de kaolin. Ce dernier confère au tesson blancheur et translucidité (porcelaine de Chine, de Limoges, de Sèvres).

Polissage En frictionnant de l’argile à la dureté cuir avec un objet dur et lisse – le dos d’une cuillère par exemple – on la rend compacte et lui confère un fini brillant.

Raku Au XVIe siècle, Chojiro Raku créa au Japon une poterie brute liée à la cérémonie du thé. Cuite à basse température (750 à 980°C), émaillée ou non, cette poterie est retirée incandescente du four pour être plongée et enfumée dans la paille ou la sciure. En réduction d’oxygène, le noir de fumée se fixe indélé- bilement et les émaux chargés d’oxydes (cuivre, argent) produisent des lustres métallisés. Terre sigilée Engobe fin produit par précipitation, utilisé pour les décors et les surfaces à polir. Terre vernissée D’argile rouge, souvent recouverte d’engobe, unie ou décorée, émaillée avec « un vernis » plombifère translucide et de tradition très ancienne. On retrouve cette technique dans le Bassin Méditerranéen (notamment Aubagne, Vallauris) et dans la culture islamique. Tesson Morceau de poterie cassée. Se dit parfois du corps argileux d’une pièce.

Vitrification Stade de la cuisson pendant lequel la terre commence à fondre et à perdre sa porosité

Les longues heures sur le tour

Les longues heures sur le tour

C’est comme tout, de l’exercice, du temps, des échecs, des heures encore, y revenir, s’y remettre…. Je vais surtout passer un bref moment à expliquer le travail au tour histoire de ne pas vous faire perdre la tête. Avant d’être capable de faire une pièce digne de ce nom sur ce qui fût un temps un objet de torture, d’y venir sans appréhension les mésaventures, les pertes de temps et de calme sont fréquentes. Voilà bien un appareil qui semble facile à gérer quand on voit les céramistes être de véritables virtuoses. J’imagine aisément une funambule sur son fil… Combien de chutes a-t-elle subi avant de passer le câble tendu sous ses pieds ?

“Deux mains qui se joignent. C’est comme le baiser d’un ange. Comme le vertige du funambule en équilibre sur un fil.”

GUILLAUME MUSSO

Le travail de la terre demande de nombreuses manipulations, le savoir-faire s’acquiert avec le temps, mettre encore et encore les mains sur cette matière meuble pour la transformer est un travail parfois blessant, l’envie de passer à autre chose survient alors. Avant de passer d’un bloc d’argile à une tasse, les étapes sont nombreuses, les mains et l’esprit s’allient sur le tour, girelle lancée à vive allure, vous voilà sur le manège à chercher le centrage. Rien ne se fait tant que la motte d’argile n’a pas trouvé son centre, tant que les mains, les bras, le corps, n’ont pas donné l’ordre avec douceur et fermeté à la matière de rester dans l’axe.

Il faut ensuite lui trouver une forme, ouvrir la pièce, monter de solides murs, comme pour une demeure, affiner les contours, arrondir par ici, refermer par-là, imaginer le thé fumant, un expresso comme à Naples, un chocolat crémeux et revenir à l’ouvrage…. L’esprit vagabond engendre des dérapages….

Oui mais là je m’avance, un projet qui prend forme après quelques ratages, quelques essais infructueux, où les noms d’oiseaux s’échappaient de l’atelier à grands moments de désespoirs et de promesses.

Avant qu’un objet ne voit le jour, cela demande de très nombreuses étapes, je reviendrai lors d’un autre article sur la suite du travail, car une fois la pièce en forme, le façonnage n’en est qu’au début de la conception.