Colère artisanale

Voilà quelques jours, j’ai lu un article sur un réseau social, une artiste, avec convictions, douleurs, colères et réalités, y fait état de la condition des artistes-artisans, de la non-reconnaissance de ce statut de la part de certains, voire même du doute de l’entourage quant à la crédibilité de notre rang, des implications, du travail fourni, des inconvéniants, du manque d’argent, de la retraite improbable, des différentes tâches que nous accomplissons seuls, des marchés de créateurs pas toujours lucratifs, du fil du rasoir, et bien d’autres constats qu’elle n’est pas seule à ressentir.

Sans être aussi acérée, j’avoue parfois, souvent, ressentir certaines de ces irritabilités. La reconnaissance lorsque nous décidons de voler de nos propres ailes n’est pas toujours vue avec compasion, amour et estime. Alors évoquer les côtés sombres de notre profession à qui mieux mieux…ou mal mal, c’est comme demander à la reine dans Cendrillon d’aller vider les poubelles.

 

Travailler à la maison, choix et intensité

Le choix de créer mon propre travail était en sourdine depuis toujours en moi, j’ai l’obligation du fond de mes tripes jusqu’à la pulpe de mes doigts de créer, d’inventer, de jouer avec les matières, de donner à ma vie une destination où les sens sont animés.
Sans étaler ici mon CV-parcours de vie, il m’a semblé nécessaire d’exprimer mon resssenti vis-à-vis de mon métier.

 Et j’ai choisi de le faire ici, sur ce blog qui est aussi ma part d’échappatoires, mon intime conviction que si les maux ne peuvent être dits, ils peuvent s’extirper d’une autre façon.

Les Funambuleries Terrestres sont nées après une montagne d’hésitatoins, d’ennuis et de manque de confiance, j’ai perdu beaucoup de temps, trop, le projet est encore trop balbutiant au grand désespoir de mon compte en banque et de mon estime envers moi-même bien souvent sur le fil du rasoir.

Le travail est intense. Parce que oui, c’est un travail, un vrai, avec des cotisations, de la paperasse, la publicité, les recherches de lieux où exposer, les cartes de visite, trouver les meilleurs fournisseurs, si possible locaux, au mieux du territoire en ce qui me concerne, le site à gérer, les photos tout est fait par les créateurs-artisans eux-même en plus des créations.

 

Des pièces uniques, un vrai travail

Pour la majorité d’entre-nous, le travail que nous proposons aux curieux, aux acheteurs, aux chercheurs d’authenticité est fait chez nous, parfois en atelier partagé, dans des locaux souvent exigus, pas toujours (bien) chauffés, sans collègue avec qui papoter sur le week-end passé, des nouveautés sorties au cinéma, de la poussée dentaire du p’tit dernier, du « t’as mangé quoi toi hier soir ? »
Travailler chez soi implique de le faire bien souvent seul-e, de passer l’heure du repas, ou d’y penser à 14h, d’accumuler les douleurs du corps, morales, de chercher une oreille secourable au moment où la maison commence à s’animer. Radoter, ronchonner, parloter seule dans mon coin me surprend parfois, un thé et les ablutions mentales sans s’échapper totalement se dispercent sous le flot des gorgées de roïboss ou d’un thé vert délicatement épicé.

Travailler chez soi a des avantages dont celui qui permet de sortir prendre un café en ville, un bouquin à la main, mon quart d’heure presque quotidien, ma « machine à café de fin de matinée, avant de retourner oeuvrer ; sortir histoire de voir les gens bouger, de voir le ciel, de prendre le pain !

Il permet de faire de bien belles rencontres, de bosser certes parfois à 5h du matin, les week-end, mais de s’autoriser une sortie ciné ou marche vers 15h, deux heures par semaine au moins. Indispensables dérobades pour ne pas sombrer, ne pas aliéner mon corps courbaturé de ces postures loin d’être indispensables aux articulations.

 

Les mots d’une artisanale

Comme l’écrit Véronique dans son article paru ici ( https://www.facebook.com/notes/profession-artisan-cr%C3%A9ateur/amis-promeneurs/339452530123493/) , ce qui est proposé l’est suite à de très longues heures de travail, fait par nous-mêmes…. Je vous laisse lire ce qu’elle y décrit… Réalité, parfois brutale. Peut-être fallait-il passer par là pour ouvrir les yeux, les oreilles et les cœurs.

Alors oui c’est un choix que nous avons fait de travailler pour et par nous-même, après y avoir réfléchi longtemps, à peser le pour et les contres, à tenter d‘essuyer les mots amicaux, envieux qui pensent que « non, on ne peut pas en vivre » … Et  pour l’heure ils ont raison, nous y avons songé avant de nous y jeter à corps parfois intensément perdu, après de longs mois d’hésitation, entre autres restrictions.

J’ai fait le choix de laisser mes mains et mon âme s’exprimer, vous proposer tout ce qu’ils contiennent, de mettre à nue mes entrailles faites de porcelaine, de couleurs douces, de bouts de fils de fer, de coton crocheté, de petites perles assemblées et de mots parfois maladroits.

La situation est loin d’être florissante malgré les mille petites fleurs que j’orne d’or, les Funambuleries sont trop invibles, le moral et la confiance en font les frais.

 

Devrais-je pour autant moins exprimer ce qui est en moi ?

Après des semaines dans le vide, la constatation que l’entourage peut être aussi néfaste que salavateur, des heures d’un travail acharné à chercher des solutions, sans vraiment en trouver une viable, raisonnable, à penser vouloir mettre tout jeter au compost des choses perdues, des projets improbables et des questionnements, une autre lecture, puis une vidéo … Et enfin un appel téléphonique, un élan supplémentaire à ce qui semblait stagner a permis que se propage l’espérance du miieux.

L’appel tout d’abord, de la chambre des métiers Drôme-Ardèche, organisme particulièrement efficace, particulièrement réactive, la responsable des formations m’ayant proposé deux stages, qui seront de bons outis pour le site, pour le référencement, pour la boutique en ligne actuellement en création. J’ai sauté sur l’occasion après … 3 bonnes secondes à réfléchir.

8 journées de maux de tête, d’apprentissages, d’autres lieux que chez soi, de réponses, de questions et d’avancées considérables.

Quoi d’autre : Une vidéo suite à l’enregistrement sur la newsletter de http://happylogie.com/

Après l’avoir écouté sans avoir encore eu le temps de faire tous les exercices proposés, Jennifer m’a donné un coup de pouce, celui qu’il fallait pour repenser ce projet qui n’a pas encore la place voulue.

Et enfin, Il y a des lectures et mots de celles et ceux qui créent, qui travaillent chez eux, qui sont perdu-e-s, qui n’ont plus le courage, plus l’argent, plus l’écoute, plus la niaque. Et puis celles et ceux (absolument les mêmes) qui ne peuvent faire : sans créer, sans toucher, sans offrir, sans assembler, sans ressentir, sans nouer, sans imaginer, sans engendrer, sans élaborer….

 

Je suis de ceux-celles-là !

J’ai au bout des doigts comme tous les artisans-créateurs des éléments a qui il me faut donner vie, en faire des exceptions, des objets uniques, absolument indispensables, impensable de s’en passer, trop futiles pour ne pas être utiles, confortablement inconvenables en cette période de crise identitaire, politique et économique.

Rien de tel que de posséder une création faite par un artiste pour se sentir unique, joyeux possesseur d’un objet qu’aucun autre ne possède, se démarquer, sans être au milieu de l’océan, seul au monde. Différent mais entouré, ne pas courrir sur les traces du commun, chercher des sentiers où les cailloux et l’herbes sont différents chaque matin, quitte, à y emmener les êtres qui nous sont chers. Oh oui, emmenez-les avec vous !

 

Rien de tel pour penser la vie autrement, se choyer et l’être !

 

Les Funambuleries Terrestres ont d’autres créations en préparation, la funambule que je suis reste inspirée par le vent, la pluie, les autres, les fleurs, l’océan et les évènements, et retourne immédiatement dans son atelier.

« Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s’est engagé dans une aventure quelque effrayante, qui est d’assumer soi-même, jusqu’au bout, les périls risqués de ses créatures. »

Jean Genêt Journal du voleur    

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